Fakarava : le paradis venu de nulle part

Un petit bout de monde à l’autre bout du monde…aussi petit qu’une perle mais si parfait par son éclat et sa pureté. Vu d’avion, Fakarava semble surgir de nulle part. Planté là, en plein au milieu de l’océan Pacifique, cet atoll fait partie de l’archipel des Tuamotus constitué de 77 îles coralliennes parmi les plus éloignées des rivages continentaux. Nulle part signifie en fait à plus de 6000 km de la Californie et de l’Australie et à plus de 7000 km du Japon. Vivre au bout du monde au milieu de nulle part peut faire peur ou tout du moins déstabiliser une âme citadine plus habituée aux ronrons des moteurs qu’au bruit des vagues ceinturant cette minuscule langue de corail. Il faut alors ouvrir les yeux pour regarder, contempler et ensuite comprendre. «  Tout d’abord on reste aveuglé. Il faut de longues heures pour habituer les yeux à ce resplendissement immobile… La lumière ne vient pas seulement du ciel mais des eaux et de la magie du sable qui les entoure » écrit A. t’Serstevens. Voilà alors ce nulle-part se transformait en « nulle part ailleurs ».

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Fakarava, perle du Pacifique exploite comme ses voisines la principale richesse commerciale se trouvant dans la nacre produite par le bivalve appelé pintadine à lèvres noires ou huître perlière. Contrairement à Rangiroa, le tourisme est ici à ses balbutiements. « Nulle part ailleurs » vous ne trouverez donc cette douceur de vivre. A la pension Hawaiki, Joachim et Clothilde accueillent leurs hôtes au sein d’une magnifique ferme perlière. Ce fut la première exploitation de l’île. Joachim, le « Tapu » (étranger venant s’installer sur les îles), passionné par ce métier, concentra tous ses efforts avec son beau-père pour arriver, aujourd’hui, à gérer une superficie de plus de 3 hectares. Sa vie est rythmée par la greffe, le nettoyage des huîtres et la réparation des flotteurs soutenant les lignes. Véritable opération chirurgicale, Joachim attache extrêmement d’attention à la greffe pour la qualité de son exploitation. Jadis, cette opération n’était contrôlée que par des japonais et quelques très rares paumotus. Aujourd’hui, Joachim travaille en toute confiance avec des greffeurs chinois. Une nacre bien charnue est sacrifiée pour fournir les greffons découpés dans le manteau sécréteur de nacre sous forme de lambeaux de quelques millimètres de côté. Ces greffons sont introduits dans une nacre hôte en même temps qu’un nucleus, bille sphérique taillée au Japon dans un coquillage d’eau douce récolté dans le Mississipi. L’art du greffeur consiste à insérer correctement ces deux éléments dans la glande génitale servant simplement de réceptacle. Si l’opération est réussie, le greffon se développe, entoure le nucleus sur lequel il dépose de la nacre. La perle se forme ainsi par couches successives puis est récoltée au terme d’une période de dix-huit mois à deux ans. Une nacre greffée sur trois, produit une perle, une sur six produit une perle de qualité exportable, et une sur soixante seulement une perle de qualité supérieure dont le prix au départ de Polynésie dépasse souvent les 500 euros. Tout cela sont les affaires de la perliculture et Joachim en semble bien loin. Toute sa production est envoyée au GIE polynésien se chargeant de vendre la production aux enchères sur Tahiti. Les critères de classification des perles sont : sa taille, sa nuance (blanc, argenté, aubergine, bleu, noir), son orient (reflet irisé), son éclat et sa forme ( en œuf, en poire, demi-ronde, cerclée).

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Dans le trésor de Fakarava, les perles ne sont qu’une partie de la parure. La nature est ici resplendissante car encore intacte. Pas besoin de feeding pour voir des requins, il suffit de plonger et suivre le guide. Jean Christophe Lapeyre a crée le premier club de plongée de l’île en 1999. Il y avait à cette époque tout à faire et il l’a fait ! « Tout d’abord, j’ai reconnu les sites à partir de la topographie donnée sur les cartes marines. Notre repérage se faisait à partir de scooters sous-marins. Une fois les sites localisés, il fallait être sûr que ces derniers soient constants dans le temps en termes d’espèces rencontrées. La découverte d’une concentration de requins un jour pouvait être le fait du hasard. Ainsi, j’ai effectué 3000 plongées depuis mon arrivée sur cette île. Au total, une dizaine de sites ont été répertoriés. La passe Nord « Garuae », la plus vaste de Polynésie, possède à elle seule 3 sites : Ohotu, Central Park et le « trou d’Alibaba ». A l’extérieur de la passe, les requins sont présents sans feeding. Il suffit de se protéger du courant souvent très violent pour pouvoir admirer leurs évolutions. Les requins gris, pointe blanche, soyeux ou requins marteaux et même requin tigre peuvent être rencontrés plus ou moins fréquemment. Il suffit de se trouver là au bon moment ! Par exemple, d’août à septembre, les chanceux peuvent croiser en bateau les baleines à bosse sur leur route migratoire. De mai à juin, les espadons voiliers sont parfois aperçus aux paliers. De juin à juillet, des milliers de loches marbrées se rassemblent autour de l’île. Enfin, la reproduction des perches pagaies constitue un phénomène tout aussi impressionnant qu’un passage au milieu d’une centaine de requins. Les plongées sont ici le reflet d’une vie intense et encore préservée des effets néfastes d’un tourisme galopant souvent mal géré et mal contrôlé.

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Placé au milieu d’un torrent invisible, je me laisse balloter par ce courant entraînant toute la palanquée au-dessus d’une forêt corallienne. Soudain, un énorme trou noir apparaît sur le fond à quelques centaines de mètres devant nous. Comme une patrouille de stuckas lors d’un combat en vol, nous suivons le leader plongeant sur le fond. Cette ouverture se transforme soudainement en masse mouvante. L’atterrissage se fait sans dégât. Nous sommes tous sur le sable à l’abri du courant. Le trou dans lequel nous évoluons n’est plus noir car nous distinguons maintenant les reflets du sable. La masse noire aperçue au loin était, en fait, un attroupement de milliers de perches pagaies. Me voilà donc dans un tourbillon de vie. La concentration est poussée à son paroxysme. Il n’y a plus de place ! Tous les habitants de ce « trou d’Ali baba » cohabitent ou plutôt tirent profit à leur façon de cette reproduction massive. Les proyacanthes se cachent dans la masse. Sur le fond, un requin pointe blanche de récif attend de se faire oublier pour pouvoir profiter d’une bouchée taillée dans cette masse vivante. Au-dessus, les requins gris tournent frénétiquement comme excités par cette aubaine. Me voilà encore persuadé que « nulle part ailleurs », je n’aurais pu être le témoin d’un tel spectacle, improvisé et non orchestré par la main de l’homme et son feeding.

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A 2 heures de bateau à partir du club de plongée situé à Rotoava, la passe sud « Tumakohua » trône dans la classification des paradis terrestres. Nulle par ailleurs, vous ne trouverez une plage aussi belle avec son sable rosé, nulle part ailleurs vous ne trouverez une eau aussi claire. Le bout du monde se mérite, il faudra alors prier tous les dieux de l’île pour vous y emmener en espérant que les caprices du vent du sud s’apaisent.

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Voilà donc un petit paradis terrestre à découvrir sans modération et avec précipitation. Des projets de constructions hôtelières vont très vite devenir réalité. Une image du bonheur disparaîtra sûrement si l’homme ne fait rien. RL Stevenson décrivait les Tuamotus comme « des îles de la matière dont sont faits les songes ». Alors, bons rêves !

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