Papouasie : retour aux sources

Découvrir la Papouasie, même quelques jours, c’est effectuer un voyage au cœur de notre planète, de ses richesses encore préservées. Au milieu de cette nature généreuse, la place de l’homme et son évolution au contact du progrès apparait comme autant de contradictions qu’il y a d’îles dans ce pays.

Wahoo

Découvrir la Papouasie, même quelques jours, c’est effectuer aussi un voyage dans le passé de nos ancêtres au contact quotidien avec la Nature. Pour observer tout cela, il faut être patient. Cette patience commence dans les transports : 2 jours d’avion, 3 escales au minimum. On n’arrive pas ici par hasard !

Luady's

Longue de 2500 km, la Nouvelle-Guinée est la plus grande île de Mélanésie et la deuxième du monde après le Groenland. Sa superficie est celle de la France et de l’Allemagne réunies. L’Etat indépendant de Papouasie Nouvelle-Guinée occupe la moitié du territoire. Depuis 1983, la moitié Ouest est rattachée à la république indonésienne et porte le nom d‘Iran Jaya.

Star Dancer

Aujourd’hui encore, les scientifiques découvrent dans ce formidable territoire de nouvelles espèces aquatiques et terrestres. Les immenses forêts pluviales et les différentes mers entourant ce pays comptent parmi les écosystèmes les plus riches et les plus variés de la planète.

Star Dancer

Comment le temps a-t-il pu s’arrêter ici durant toutes ces décennies soumises au progrès des occidentaux ? La réponse est, très certainement, à trouver dans la configuration de cette île. Imaginez le centre de ce pays ayant une superficie comparable à la Suède recouvert d’une jungle épaisse et hérissée de montagnes escarpées entourée de vastes étendues marécageuses avec des températures équatoriales, une atmosphère saturée d’humidité et des maladies tropicales endémiques.  Cet accès difficile explique essentiellement le fait que les côtes de la Papouasie Nouvelle-Guinée ont été découvertes il y a quatre siècles par les Occidentaux mais seulement il y a moins d’un siècle pour le centre du pays. C’est très exactement le 27 mai 1930 que deux chercheurs d’or australiens Michael Leahy et Michael Dwyer découvrent dans les hautes terres de l’île une civilisation inconnue : prés d’un million d’individus qui n’ont jamais eu le moindre contact avec le monde extérieur.

Star Dancer

Depuis, beaucoup de choses ont changé mais ce pays reste néanmoins unique pour les richesses naturelles dont il dispose. Pour découvrir ces merveilles sous-marines, une croisière semble être incontournable par le rayon d’action offert en comparaison à un voyage itinérant à terre où les transports sont difficiles et tout déplacement se fait en avion.

Crinoid City

Dans la flotte américaine des Dancer, le Star Dancer, motoryacht de 36 mètres en aluminium pouvant accueillir 16 plongeurs est basé depuis un an au Sud du pays. Il avait précédemment effectué, plusieurs années de suite, un circuit plus au nord aux abords de l’île de Normanby. Afin de pouvoir proposer un nouveau produit à ses clients, ce bateau est aujourd’hui basé à Alotau, capitale de la province de la baie de Milne située au Sud Est de l’île.

Little China

Milne Bay couvre 14000 km2 du territoire avec 600 îles dont 160 inhabitées. Les 210000 habitants de cette région paisible sont regroupés en communautés avec 48 langues différentes ce qui ne facilite aucunement les échanges. Cette province tranquille a été paradoxalement le théâtre sanglant d’âpres combats menés lors de la deuxième guerre mondiale. En effet, les japonais et les alliés ont très vite concentré leur attention sur la constellation d’îles situées entre l’Australie et le continent asiatique. Les japonais voulaient avoir la main mise sur les matières premières disponibles sur ces îles et absentes dans leur pays afin de rendre leur armée imbattable. La baie de Milne servit de poste avancé aux alliés pour combattre les japonais situés à quelques centaines de kilomètres plus au nord. La piste d’atterrissage de la capitale de cette province, Alotau, a d’ailleurs été  réalisée par les forces alliées. De ce conflit, une multitude d’épaves d’avions et de navires reposent aujourd’hui paisiblement au fond des eaux de Papouasie Nouvelle-Guinée.

Deacon's reef

Le circuit proposé par le Star Dancer est dense et varié. Dense, car l’on peut effectuer jusqu’à 5 plongées par jour. Varié, car il propose à la fois des plongées dérivantes sur des récifs coralliens magnifiques et intacts mais aussi des plongées sur des fonds vaseux où l’on peut observer une multitude d’espèces participant à la vie d’un écosystème dédié à la transformations des matières végétales en décomposition provenant du bord de plage.

Deacon's reef

Les premières plongées s’effectuent sur un fond de 10 mètres. Ceux sont les classiques plongées de réadaptation de début de croisière. Souvent sans grand intérêt, Gonu Bola Bola fait exception à cette règle. En effet, durant ces deux immersions, une dizaine de raies mantas évoluent dans un ballet majestueux au dessus d’une roche servant de station de nettoyage. Les raies ne sont aucunement intimidées par notre présence et poursuivent leurs allers et venues en effectuant des vols rapprochés juste au dessus de nos têtes.

Wahoo

L’après midi, nous accostons au port de Samaraï. Difficile d’imaginer qu’il y a à peine une centaine d’années ce lieu fut le deuxième port commercial du pays et la capitale de la province de Milne Bay. Située à la sortie de la baie d’Alotau, dans le détroit de Chine, Samaraï fut à l’époque de l’administration anglaise un arrêt obligatoire pour tous les navires marchands naviguant entre l’Australie et l’Asie du Sud Est. Dans ce qu’il reste du port, les piliers concrétionnés du quai abritent des milliers de poissons. La plongée s’effectue sous le Star Dancer amarré au seul quai encore en vie. L’architecture des lieux se mêle avec magie aux scintillements des poissons argentés, aux bals des rascasses volantes, aux formations en rang serrés de platax à longues nageoires et aux regroupements des poissons chats rayés se cachant sous les restes d’un quai décomposé par la corrosion.

Observation Point

Le lendemain, le Star Dancer met le cap sur l’île de Nuakata. Pendant 2 jours, nous allons découvrir les abords de cette île bénéficiant de récifs coralliens exceptionnels. Dés les premières immersions, la beauté du récif, sa vitalité, la diversité de la faune et de la flore, la santé du corail sont source d’émerveillement. Nous sommes les seuls plongeurs sur ce site (nous avons rencontré aucun bateau pendant toute la croisière). Ici pas de traces de corail endommagé par les ancres, pas de déchets, pas de coraux blanchis. Dans cet écosystème préservé cohabite une multitude d’espèces avec une densité donnant le tournis à tout plongeur. Coraux mous, coraux durs, éponges et gorgones tapissent tout le récif. Les habitants de ce paradis vont du plus petit spécimen au plus gros. Niché entre les membrures d’une gorgone, un minuscule hippocampe pygmé, d’un demi centimètre, joue du mimétisme pour survivre. Un autre habitant connu des lieux, le poisson faucon à long nez fera, peut-être, de cet hippocampe son prochain repas. Un peu plus loin, le long de la paroi récifale, des requins pointes blanches rodent en attendant leur chasse nocturne. Après plusieurs heures, un timide requin tigre se risque à se rapprocher d’un baril immergé où se dégage une forte odeur de poissons, cadeau du Star Dancer aux prédateurs du coin.

Observation Point

Passés ces deux jours autour de l’île de Nuakata, le Star Dancer fait cette fois-ci cap à l’ouest pour atteindre le cap est de la baie de Milne. Parmi les plongées réalisées ici, nous attendons tous de pouvoir rencontrer la rascasse Merlet. Cet étrange poisson a une parure unique. Après plusieurs minutes passées à scruter tous ensemble une partie du plateau récifal, Melissa, monitrice sur le Star Dancer, fait signe que l’animal que tout le monde souhaite rencontrer se prélasse tranquillement sous une formation corallienne. Impassible devant la nuée de flashs et de caméras qui l’assaillent, Madame la rascasse Merlet reste d’un flegme so british !

Whomper's

En remontant la côte direction Nord Ouest, le Star Dancer arrive au niveau des plongées sur fond vaseux.  Lorsqu’on inaugure ce type d’immersions, on se demande les vingt premières minutes ce que l’on est venu faire ici. Autant d’avion pour plonger du bord et sur de la vase, j’imagine un instant ce que peuvent penser les papous vivant en bord de la plage voyant ces occidentaux suréquipés aller plonger là où les troncs d’arbres pourrissent. Je dois avouer que pendant une demi-heure, je n’ai rien vu. J’ai du me contenter des bâtons placés dans le sable par les guides et chercher avec patience autour ce qu’il y avait. Néanmoins, avec le temps, l’œil devient plus aguerri à ce microcosme qui s’agite devant le masque. On découvre alors tout un monde que l’on peut ne pas soupçonner. Sous une brindille, un magnifique antennaire de 2 centimètres à la parure blanche et orange fluo avance à son rythme entre deux bâillements ! Un peu plus loin, les feuilles d’une branche d’arbre se mettent en mouvement. Avec un peu plus d’attention, je constate que le courant n’est pas responsable de cette agitation car ces feuilles sont en fait deux poissons fantômes imitant parfaitement l’apparence de leur refuge tout comme le poisson fantôme arlequin caché au milieu des bras d’une comatule.

Cherie's

A quelques coups de palmes de là, il règne une agitation comparable à celle d’un déménagement dans un trou masqué par des branches. Une squille est en pleine besogne. Ses yeux proéminents et extrêmement mobiles ont vite fait de me repérer. Cet animal est sans nul doute le crustacé le plus coloré du monde. Malgré ces couleurs admirables, la force à laquelle ce crustacé se saisit de sa proie avec ses membres antérieurs est égale à l’impact d’une balle d’un calibre 22. Dans certains pays, on appelle d’ailleurs cet animal le « briseur de pouces » !

Cherie's

Le lendemain, retour dans le passé avec une plongée située au Sud Ouest de l’île de Normanby. Cette plongée porte le nom tant connu de tous les plongeurs : Calypso. En effet, en 1988, une expédition Cousteau a été organisée rassemblant l’Alcyone et la Calypso. Cet endroit (10°3’32 » Sud 150°50’2″ Est) correspondant à un des nombreux mouillages de la Calypso durant cette mission. Sous l’eau, je ne peux m’empêcher de penser à Albert Falco disparu il n’y a que quelques mois. Je revois son visage émerveillé pendant les quelques plongées faites en sa compagnie. Je l’imagine, ici, en train de plonger en 1988 et découvrir ces fonds vierges de toute présence humaine. Un brin de nostalgie se mêle à de l’inquiétude : dans quel état sera ce récif dans quelques décennies ? Ces explorations scientifiques Cousteau ont-elles été utiles au gouvernement de Papouasie Nouvelle-Guinée dans la maîtrise de leur développement ? De ce mouillage, l’équipe Cousteau avait été conseillée à l’époque par la famille Halstead. Personnes qui, en 1988, connaissaient le mieux les fonds de la Papouasie Nouvelle-Guinée. Ces derniers leur avaient suggéré de plonger sur un minuscule récif baptisé le récif de Doubilet, en hommage au photographe sous-marin de la revue du National Geographic Magazine. Pas de plongée pour nous sur ce récif car ce n’est pas la saison, il faudra revenir en Septembre où le Star Dancer fait le chemin jusqu’à ce paradis perdu…

Crinoid City

Les jours suivants sont une alternance de plongées sur récif et sur fond vaseux. A cette occasion, nous essayons de photographier le majestueux poisson mandarin. Ce dernier est très difficile à approcher et de très petite taille ce qui ne facilite pas la chose. Nous voilà donc partis une heure avant la tombée de la nuit aller chercher ce fameux poisson caché sous des branches de coraux morts. Les lampes sont interdites car cette star est trop timide. Après une heure trente passé sous l’eau, je ressorts avec deux clichés laissant apparaître des couleurs chatoyantes que l’on ne peut pas admirer sous l’eau dans la pénombre et sans lampe.

Crinoid City

Le dernier jour de plongée se fait sur Deacon’s Reef. Voici une occasion de découvrir au milieu du récif des grottes somptueuses surplombées en surface par une épaisse forêt. Cette vision entre corail et arbre me rappelle à quel point cet équilibre entre ces deux mondes est fragile.

Little China

A terre, le chef d’un village nous accompagne pour nous montrer une grotte où leurs ancêtres venaient poser les dépouilles des ennemis tués lors des guerres tribales. Au sein de cette forêt dont une importante partie est considérée comme forêt vierge, je réalise le véritable trésor de ce pays. Considérée comme la deuxième forêt vierge au monde après celle d’Amazonie, la Papouasie Nouvelle-Guinée constitue l’un des poumons de la planète. Nous respirons, quelque soit notre lieu de résidence, quelque soit notre appartenance, un peu grâce à ce trésor naturel. Paradoxe des contradictions, au lieu d’obtenir des revenus sur ce patrimoine naturel utile à toute l’humanité et comme promis dans le cadre des marchés de la bourse du carbone, la Papouasie ne voit rien venir et succombe alors à l’instantanéité. La culture des palmiers à huile a envahie tout le territoire sous la pression et le lobbying des occidentaux. La déforestation avance à grand pas. Les papous ont accepté cette transformation car les entreprises étrangères en charge de ces exploitations leur avaient promis monts et merveilles (des routes, des écoles,…). A ce jour, pas grand-chose arrive à part l’érosion et l’appauvrissement des sols. La richesse de ce pays d’un point de vue occidentaliste est surtout dans le sol car au confluent de trois des grandes plaques de la croûte terrestre – la plaque australienne, la plaque du pacifique et la petite plaque de Bismarck- la Papouasie dispose d’une énorme réserve de minerais et de métaux précieux. Avec ce potentiel, le pays a la possibilité de se hisser au rang du pays le plus riche du Pacifique Sud. Toutes ces réserves naturelles ont attiré une multitude de sociétés étrangères. Le traitement des minerais restant polluant, des produits comme le cyanure sont très souvent rejetés directement dans les rivières polluant en aval les réserves naturelles dont disposent les papous pour se nourrir.

Little China

Le défi du développement est énorme et semble si restreint par rapport aux contraintes du progrès. L’enjeux des dirigeants de la Papouasie Nouvelle-Guinée est de façonner un avenir entre importation des idées et technologies nouvelles venues tout droit de nos pays sans effacer les coutumes de leurs ancêtres à qui, ils manifestent un profond respect tout en profitant des ressources naturelles terrestres et maritimes sans détruire les écosystèmes luxuriants nourrissant encore aujourd’hui des millions de personnes dispersées au grés des nombreuses îles et territoires reclus des hautes terres.

Little China

En attendant de voir comment ce pays évolue, venez plonger ici en effectuant un véritable retour aux sources que Robert Louis Stevenson décrivit si bien : « Aucune partie du monde n’exerce un tel pouvoir d’attraction sur le visiteur…Le premier amour, la première aube, la première île des mers du Sud, ce sont là des souvenirs uniques… »

Gonu Bola Bola

Informations pratiques

Décalage horaire :

+ 8 heures en été

+ 9 heures en hiver

Températures :

Air : entre 25 et 35°C

Eau : entre 25 et 28°C

Meilleure saison : entre Septembre et Novembre, la visibilité est meilleure

Saison des pluies : entre Avril et Juin

Budget :

Package 10 jours de plongée tout compris (inclus les consommations des boissons à bord) : 3000 US Dollars

Avion : comptez un budget d’environ 2500 euros en classe économique au départ de Paris

Monnaie

1 kina = 0,28 euros

Santé 

Zone touchée par le paludisme. Traitement préventif obligatoire

Temps de vol depuis Paris

Paris-Singapour : 12H10 de vol

Singapour-Port Moresby (capitale) : 6H30

Port Moresby-Alotau (capitale de la province de Milne Bay) : 45 minutes

A cela, il convient de rajouter le temps passé en escales…

Points +

La qualité du service à bord

Les plongées, seul au monde !

La nature

Points –

La visibilité pas toujours au rendez-vous

La capitale (Port Moresby) : passer votre chemin, cette ville est dangereuse et inintéressante.

Remerciements :

Remerciements à la société Dancer Fleet pour les moyens mis en œuvre pour ce reportage.

Contacts :

Dancer Fleet

15291 NW

60 Ave. Suite 201

Miami Lakes, FL 33014

USA

Web : www.dancerfleet.com

Mail : contact@dancerfleet.com

Ce voyage a été organisé par Abyss World

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Little China

Little China

Samarai Wharf


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